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J'étais arrivé au terme de mon aventure, de l'errance qui m'avait conduit jusqu'à l'agitation fiévreuse de cette termitière.

La quatrième trouée sur la droite de la galerie ouvrait sur une petite salle assez haute de plafond qu'une luminescence d'origine inconnue baignait d'une clarté laiteuse. Au centre, un imposant bloc de calcaire, parallélépipède mal dégrossi, paraissait signifier qu'en d'autres temps un culte primitif se célébrait ici.

La tache rouge des escarpins abandonnés au pied de cet autel attira en premier mon attention. Puis, levant les yeux, je l'aperçus, le corps reposant sur la table rugueuse, le visage tourné vers moi dans le désordre de la toison blonde, la bouche entrouverte, le regard absent. Le visage aussi crayeux que la pierre, que la lumière, avec juste cette tache rouge des lèvres maquillées.

Le corps s'offrait, l'étoffe légère et neigeuse de la robe n'en cachait presque rien, et certainement pas cette tache rouge, là, près du cœur, où un poignard était planté.

*

La terrasse de « la Rotonde ». Sur le plateau de marbre blanc cerclé de laiton d'une table-guéridon, une tasse à café vide, une chemise bistre avec une étiquette portant une inscription manuscrite et qui doit contenir quelques minces feuillets. Sur le siège en rotin qui lui fait face, la tête dodelinante, piquant du nez vers l'avant, un homme assoupi que quelqu'un, soudain, interpelle.

– Alors, l'écrivain, en plein travail ! Excuse-moi de te réveiller ! C'est ton manuscrit ? Pas bien épais ! Tiens ! Je t'ai apporté le journal. Tu verras, il y a un fait divers qui pourrait t'intéresser : « Une jeune femme retrouvée morte dans les catacombes ». Tu vois, je pense à toi, je nourris ton imagination ! Cela pourrait te donner des idées pour un prochain roman. À condition bien sûr que tu termines celui-là ! Comment ça s'appelle déjà ? Ah oui ! « La dame de Saint- Sulpice » !

 

(fin)